NOTRE POSITION EN AVRIL 2015 APRES L’ADOPTION DU TEXTE SUR L’AVANTAGE MANIFESTEMENT EXCESSIF

En février 2015, nous avons enfin vu apparaître au JO une petite phrase qui parle de l’Avantage Manifestement Excessif (AME) et qui dit :

A ce titre, il est tenu compte de la durée du versement de la rente et du montant versé

Dire que nous avons été surpris par cette phrase serait faux, nous avions vu circuler celui ci depuis début 2014. Entre le terme initial qui disait ‘ » il peut être tenu compte » et le texte final qui dit « il est tenu compte« , il s’est passé douze mois…

Mais il faut rappeler aussi que nous avions proposé un texte plus solide, bien argumenté, qui n’a pas été retenu. Et notamment une formule qui entraînait une notion d’AME quasi automatique pour bon nombre de vieilles PC.

Il faut lire la circulaire du 19 février 2015 de présentation des dispositions de la loi n° 2015-177 du 16 février 2015 relative à la modernisation et à la simplification du droit et des procédures publiée dans le Bulletin Officiel du Ministère de la Justice pour avoir plus de précisions en pages 6 & 7 de ce document :

1.3 Disposition relative au droit du divorce : la clarification des conditions de révision des prestations compensatoires fixées avant l’entrée en vigueur de la loi n° 2000-596 du 30 juin 2000

Le système issu de la loi n° 2004-439 du 26 mai 2004 a offert deux critères possibles de révision des prestations compensatoires fixées sous forme de rentes viagères avant l’entrée en vigueur de la loi n° 2000-596 du 30 juin 2000 : ont ainsi été visés, d’une part, le cas du changement important dans les ressources ou besoins de l’une des parties (article 276-3 du code civil) et, d’autre part, l’hypothèse où, même en l’absence d’un tel changement, le maintien en l’état de la rente serait de nature à procurer au créancier un avantage manifestement excessif (article 33, VI, alinéa 1er de la loi n° 2004-439 du 26 mai 2004).

Cette seconde cause de révision a été entendue largement par la jurisprudence : la Cour de cassation a admis que les juges prennent en considération non seulement les critères posés à l’article 276 du code civil auquel renvoie expressément l’article 33, VI, alinéa 1er précité, à savoir l’âge et l’état de santé du créancier, mais aussi les éléments visés à l’article 271 du code civil et notamment la durée du service de la rente et le montant déjà versé parmi d’autres éléments relatifs aux patrimoines des ex-époux.

La présente loi en son article 7 consacre cette jurisprudence, en indiquant dans l’article 33, VI, alinéa 1er de la loi n° 2004-439 du 26 mai 2004 que, pour apprécier l’avantage manifestement excessif lors d’une demande de révision,

«il est tenu compte de la durée du versement de la rente et du montant déjà versé».

Il s’agit d’unifier le régime de révision de ces rentes, qui suscite un important contentieux, et de permettre que les sommes allouées sous forme de rente viagère avant la réforme de 2000 n’apparaissent pas, compte-tenu de la durée de versement, disproportionnées au regard de celles qui seraient fixées aujourd’hui par le juge sous la forme désormais privilégiée d’un capital.

Si, par cette disposition, le juge est tenu d’apprécier l’avantage manifestement excessif au regard de la durée de versement de la rente et du montant déjà versé, il reste que ces deux éléments doivent être pris en compte au même titre que les autres critères posés par les articles 276 et 271 précités. Le juge est donc toujours invité à adopter une démarche globale lorsqu’il est saisi d’une demande de révision sur ce fondement.

Il s’ensuit également que la situation des parties au regard de chacun de ces critères fera l’objet d’une appréciation par le juge en se plaçant au jour où il statue sur la demande de révision.

Ces dispositions sont d’entrée en vigueur immédiate. Elles s’appliquent à l’ensemble des collectivités d’outre-mer de l’article 73 de la Constitution (Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion, Mayotte), en Polynésie française, à Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon.

 

Les réactions à ce texte sont rares : nous notons celle exprimée par Me Sylvain THOURET, avocat Lyonnais spécialisé en droit de la famille qui publie un texte dans AJ Famille (page 124) en mars 2015 et conclut : « Il n’est pas certain que le droit de la révision de la prestation comensatoire ait beaucoup gagné dans l’opération. »

 

A ce jour, 2 avril 2015, la position de CD-PC est claire : la phase de discussion du texte est terminée. Nous avons fait nos remarques en temps utile. Nous attendons maintenant de voir comment ce texte permettra des révisions de PC allant vers une suppression totale et quasi systématique de ces prestations compensatoires devenues injustes au fil du temps, par des montants disproportionnés. Nous allons pour cela suivre avec nos adhérents et les avocats proches de nous les dossiers présentés.

 

Nous suggérons à tout ceux et toute celles qui sont concernées de nous contacter pour envisager une demande de révision basée sur l’Avantage Manifestement Excessif.

Publié dans Actualités, Articles d'opinion venant de CD&PC | Marqué avec , , , , , , , , | Commentaires fermés

UNE DECISION FAVORABLE QUI NOUS FAIT PLAISIR

Nous avons appris le 5 février 2015 une décision de suppression d’une prestation compensatoire obtenue devant un JAF Lyonnais, décision basée sur l’avantage manifestement excessif. Cette décision nous fait d’autant plus plaisir qu’elle concerne un ancien président de l’association de défense des divorcés.

Elle a été obtenue par un jeune avocat, récidiviste de surcroît, puisqu’il nous avait déjà gratifié d’un excellent jugement à la cour d’appel de Dijon dans un dossier identique.

Bien sûr, cette affaire Lyonnaise peut se traiter encore en appel, mais c’est un point important que de voir un JAF reconnaître l’Avantage Manifestement Excessif.

 

Publié dans Actualités | Marqué avec , , , , , , | Commentaires fermés

LA POSITION DE CD-PC SUR LA PRESTATION COMPENSATOIRE A FEVRIER 2015

En juin 2014, CD-PC avait proposé une nouvelle rédaction basée sur une meilleure caractérisation de l’Avantage Manifestement Excessif (AME). Et ce texte offrait aux justiciables des assurances quant à une meilleure évaluation de cet AME.

Nous n’avons été que très partiellement écoutés, entendus, par le législateur et par les trop rares parlementaires intéressés puisque le texte quasi adopté (mais non encore publié au JO) tient en une ligne qui serait incluse (je prends des réserves)  dans l’article 33 de la loi du 26 mai 2004 relative au divorce :

A ce titre il est tenu compte de la durée du versement de la rente et du montant versé

Il faut dire que l’action de CD-PC a été très gênée par la position très minimaliste d’une autre association qui, bien que s’étant engagée à des actions communes avec CD-PC, a préférré jouer solo. Sans nous tenir au courant, des contacts se sont noués pour approuver un texte qu’aucun avocat sérieux n’aurait accepté. Il était possible d’avoir un texte plus solide, qui aille plus loin dans l’évaluation de l’AME. Nous regrettons ces gestes qui desservent l’ensemble des divorcés.

Le point au 6 février 2015 : ce texte minimaliste continue à cheminer dans les méandres des deux chambres. Nous avons été informé que les sénateurs avaient tenté d’ajouter une mesure visant à demander le patrimoine et les revenus des anciens époux lors de la demande de révision, demande rejetée par l’assemblée nationale. CD-PC a toujours été opposé à cette notion de « revoyure » 15, 20, 30 ans plus tard. Et un jugement de février 2015 nous conforte dans cette position : le justiciable a refusé de fournir la déclaration sur l’honneur et le JAF a néanmoins supprimé la PC.

L’avenir nous dira si ce texte permet des révisions plus faciles, allant plus loin vers une suppression quasi systématique de ces prestations compensatoires injustes.

Publié dans Actualités, Articles d'opinion venant de CD&PC, Décisions juridiques autour de la prestation compensatoire, L'Europe et le Divorce, Textes juridiques autour de la prestation compensatoire | Marqué avec , , , , , | Commentaires fermés

L’AVANTAGE MANIFESTEMENT EXCESSIF….

Lorsque un justiciable, trouvant trop lourd le montant d’une prestation compensatoire en rente viagère, demande la révision de celle ci, il va s’adresser à un avocat. Mais il peut aussi faire sa demande de révision seul, car le recours à un avocat n’est pas indispensable, rappelons le. Il suffit de respecter les formes, de déposer une demande de révision bien rédigée et bien sûr, argumentée.

Il peut donc argumenter sur deux points :

La modification des besoins des parties, les siens tout d’abord, c’est ce qu’il connait le mieux… Car lorsque une retraite est amputée de 10%, 20% voire 50% par une PC disproportionnée, cela marque tout individu normalement constitué. Certes, cela n’interpelle pas certains juges et nous déplorons les jugements qui confirment ces montants disproportionnés… Avoir travaillé toute une vie et voir sa retraite ainsi amputée constitue une spoliation totalement injuste. Il est aussi utile d’essayer de connaître les ressources de l’autre, de l’ex, et là, on entre dans un domaine plus délicat : il faut bien sûr rédiger la lettre aux services fiscaux, essayer de savoir si cette ex s’est remariée, si elle ne vivrait pas avec un conjoint aisé, si elle n’a pas perçu un héritage… Le recours à un détective peut être utile. On peut aussi donner une mission à un huissier avec des questions précises à aller poser à votre ex,

Le gros hic qui se pose à la plupart de nos adhérents est que leur revenu est fixe, puisque la très grande majorité de ceux ci sont retraités et que le montant de cette retraite est figé, évoluant plutôt vers une stagnation, voire une baisse que vers des sommets. Il y a malheureusement le cas des retraités qui doivent aller en maison de retraite et qui vont devoir faire une demande de révision, leur revenu ne suffisant pas pour assumer les frais. Alors comment argumenter ? C’est difficile et nous le savons.

Le second point est souvent oublié par nos bons avocats : c’est celui de l’avantage manifestement excessif. Dans ce cas là, il faut préparer un calcul qui prend en compte les sommes déjà versées, le total des sommes annuelles. Puis vous allez calculer le montant restant dû si il y avait une conversion en capital : pour cela, vous connaissez l’âge de votre ex et vous allez multiplier le coefficient du tableau de conversion (voir site) par le total de la PC versée. Vous allez arriver à un total X (somme déjà versée + conversion en capital) sur lequel vous allez argumenter.

Sachez que sur une étude 2000-2001 portant sur 35 attributions de la prestation compensatoire sous la forme de capital, ce qui correspond à l’application des articles 273 et 274 nouveaux du Code de procédure civile, la moyenne est de 323 783 F (49360 €). Le maximum était à 1MF et le minimum à 48000FF. D’après les Statistiques ministérielles, lors de la promulgation de la loi 2000-596, la moyenne devait se situer aux alentours de 250.000 F. (38112 €).

Il est donc assez simple de comparer votre total personnel X à ces chiffres et de dire : la poursuite du versement de la prestation compensatoire améne à mon ex un avantage manifestement excessif donc un enrichissement personnel. Je demande la suppression ou, à défaut, la réduction du montant de la rente viagère de 30, 50, 70 ou 100%…

Il faut donc se battre sur ce point majeur, devant chaque juge aux affaires familiales, mais aussi devant chaque Cour d’Appel. Car notre constat est que les JAF acceptent nos demandes pas très souvent, que les cours d’appels les reçoivent bien mieux et que la Cour de Cassation rappelle à tous que l’avantage manifestement excessif est une notion qui ne doit pas être oubliée…

Publié dans Actualités | Marqué avec , , , , , | Commentaires fermés

PRESTATION COMPENSATOIRE OU PRESTATION CONFISCATOIRE ??

Nous recevons en ce moment les résultats d’une enquête dirigée vers nos adhérents, ceci afin de connaître la date de décision, le montant de la prestation compensatoire et le pourcentage que cette prestation représente dans le revenu du divorcé.

Et il faut reconnaître que certaines prestations compensatoires paraissent totalement iniques. En voici quelques exemples :

Mr XX : verse une PC depuis juillet 1993 où la PC représentait 33% de ses revenus.Il a fait une demande de révision à son départ en retraite en 2000, rejetée. A ce jour, Mr X est retraité et la PC représente 42% de son revenu.

Mr YY : I verse une PC depuis 1985 et à cette date là, il avait un revenu annuel de 12063 € et versait une PC de 2378€ (19,7%). En 2011, son revenu annuel était de 15560€, il versait une PC de 3783€ (24%) et son ex déclarait un revenu de 46948€…

Dans les cas que nous citons, la somme versé ne compense rien, elle se traduit par une confiscation d’un pourcentage élevé de la retraite, spoliant l’un pour favoriser à l’excès l’autre. Et ce transfert de retraite, de patrimoine aussi est non acceptable.

Publié dans Actualités, Articles d'opinion venant de CD&PC | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés

Ma femme m’a plumé Par Paul JOB

Les plumés du divorce

Rançon. Quitter son conjoint peut coûter très cher. Trop ? Des divorcés témoignent.

 Pour prévenir les foudres de son ex-épouse, il s’est dissimulé sous un pseudonyme : Paul Job – comme pauvre comme Job… Dans « Ma femme m’a plumé », l’ancien homme de télévision et de cinéma qui se cache sous ce nom d’emprunt, le lointain golden boy des glorieuses années de Canal+, fait le récit d’une interminable descente aux enfers. L’histoire banale à pleurer d’un quadragénaire dont le mariage bat de l’aile après vingt ans de vie commune, qui divorce en homme riche, s’engage donc à payer chaque mois à son épouse et ses enfants des sommes mirobolantes et dont la situation professionnelle, sept ans plus tard, se retourne. Il y a, dans ces métiers-là, de spectaculaires revers de fortune. En 2005, Paul Job voit, brutalement, son salaire divisé par trois, mais ne peut obtenir que soit revue à la baisse la rente qu’il verse tous les mois à son ex-épouse. Les arriérés s’accumulent. Les commandements à payer aussi. Aujourd’hui, ses assedic et les quelques revenus qu’il grappille ici ou là dans l’édition ou la presse sont ponctionnés à la source : chaque mois, 1 000 euros de pension alimentaire sont encore versés à deux fils de 31 ans et de 24 ans qui refusent de le voir. Et, à quelques années de la retraite, il doit encore 100 000 euros à son ancienne épouse. »Je n’ai aucun moyen de m’en sortir. Si ma compagne ne m’aidait pas, je serais obligé, à presque 60 ans, de retourner vivre chez mes vieux parents, dit-il avec amertume.On a pourtant bien droit au désamour, droit à une seconde vie. Mais nous sommes transformés, par ce système archaïque et discriminatoire, en vulgaires hommes tirelires… »

Inconnue des démocraties scandinaves qui ne badinent pas avec l’égalité des sexes, la prestation compensatoire, qui concerne 12 % des divorces français, est destinée à pallier le déficit de revenus que subira, après la séparation, le plus « pauvre » des deux ex-époux. Sorte de solidarité financière maintenue au-delà du mariage, en dehors de la pension alimentaire, qui ne concerne que les enfants, elle est, dans plus de 90 % des cas, due aux femmes. »Le cas classique, explique l’avocate en droit familial Béatrice Weiss-Gout, c’est un homme aux revenus élevés, une femme qui a donc pu arrêter de travailler pour élever les enfants, et un divorce à la cinquantaine. Sans la prestation compensatoire, la femme serait à la rue. Alors, pour moi, le principe est juste. » Juste mais aléatoire. Car toute la difficulté est évidemment de déterminer le montant de cette prestation selon la durée du mariage et les ressources présentes et à venir ; or les juges n’ont aujourd’hui ni le temps ni les moyens pour estimer correctement chaque situation conjugale.

« Alors, oui, des hommes ruinés, il y en a, admet Me Weiss-Gout.Ceux dont l’avenir financier a été mal évalué, dont on n’a pas prévu les éventuels revers de carrière. Et ceux qui sont condamnés à mauvais escient à payer un gros capital. » Jugements mal rendus, mais aussi effets pervers de la charge symbolique que peut revêtir, dans une histoire d’amour qui a mal fini, un transfert de fortune : se racheter, faire payer à l’autre son désamour. Eric, la soixantaine, littéralement dépouillé par deux divorces successifs, a ainsi accepté sans sourciller le montant mirifique du capital versé à sa première femme. »C’est moi qui suis parti pour une autre, je me sentais coupable de faire souffrir mon épouse, mes enfants, d’abandonner ma famille, alors j’ai signé, dit-il.J’ai vendu tout ce que je possédais. Avec le recul, je sais que le montant était très injuste. J’aurais dû discuter. » Béatrice Weiss-Gout l’admet d’ailleurs sans difficulté : en réclamant un montant énorme, certaines de ses clientes veulent faire payer leur sentiment de vie gâchée. »Les plus acharnées, ce sont souvent celles qui ont fait autant d’études que leur époux, mais qui, pour les enfants ou pour suivre leur homme, n’ont pas travaillé. A 60 ans, elles ont une amertume terrible. »

« Prime à la séparation ». Mme X, diplômée, a ainsi laissé tomber sa carrière pour suivre les incessants voyages de son époux à l’étranger. Et, à plus de 50 ans, elle ne peut pas admettre qu’il fasse maintenant sa vie avec une autre. »Elle fait traîner, ne vient pas aux rendez-vous, est décidée surtout à demander une prestation énorme, raconte son avocate.A ces âges-là, quand les enfants ont quitté le foyer, que la garde ne peut plus être l’objet de la dispute, l’argent reste souvent le seul moyen d’atteindre l’autre, de prolonger la guerre quand on ne veut pas tourner la page. » Ce que dit bien Paul Job dans la petite chronique exaspérée de sa ruine annoncée : « Le conflit ne finira jamais. Parce que le juge, avec la prestation compensatoire, a laissé sans se soucier de la suite une arme entre les mains de ma femme. »

L' »arme » de la prestation s’est pourtant singulièrement émoussée en 2000, lorsque, pour éviter précisément ces incessants conflits, ces retours devant le tribunal des années après le divorce, la loi a été changée. Désormais, le juge ne peut décider que du versement d’un capital. Le temps des rentes, à moins que les époux ne s’entendent eux-mêmes sur leur montant, est terminé. »Et, comme il est plus difficile de verser d’un coup un important capital, même en faisant un emprunt, le montant des prestations, depuis ce changement législatif, est singulièrement revu à la baisse. Au détriment des femmes, déplore Me Weiss-Gout. Les législateurs sont des hommes et, pour beaucoup d’entre eux, des débiteurs de la prestation compensatoire. La loi a été revue dans le sens de leurs intérêts. Mais nous sommes en train de fabriquer toute une génération de femmes pauvres, celles qui, à l’approche de la retraite, n’ont pas ou peu travaillé et croyaient que le mariage les protégerait. »

Mais c’est justement cette notion de « protection » des épouses, puisque ce sont elles qui sont à une écrasante majorité concernées, qui hérisse les associations de défense des intérêts masculins. A mots choisis, dans la mesure où ce discours-là est encore, bizarrement, difficile à entendre. »C’est vrai, ce sont les femmes qui, aujourd’hui encore, se mettent à temps partiel ou arrêtent un temps de travailler lorsque naissent les enfants, reconnaît Fabrice Mejias, président de SOS Papa.Mais comparez un peu les galères de la vie professionnelle et les joies de s’occuper de ses enfants… La vraie égalité, ce serait que les hommes aient, eux aussi, la possibilité de s’arrêter, de prendre du temps avec leur famille, que les rôles, comme dans les pays scandinaves, soient vraiment interchangeables. Au lieu de cela, on maintient un modèle hérité d’un autre âge en fabriquant une sorte de prime à la séparation, de parachute doré. » Chez SOS Divorce, association de soutien aux hommes, on demande, depuis des années, la suppression pure et simple du principe de la prestation compensatoire. Au nom du fait que la société a changé, qu’il est admis que les couples se défont, que les familles se recomposent, qu’hommes et femmes sont adultes, responsables de leurs choix, celui de travailler ou non, celui de mettre fin ou non au mariage. Et au nom du fait que les juges auraient la fâcheuse tendance, paraît-il, à considérer les femmes comme des victimes… qu’elles ne sont à l’évidence pas toujours.

Ruinés. « Des hommes ruinés, nous en avons beaucoup parmi nos adhérents, dit François Buffière, président du mouvement. Or, dans nombre de ces divorces, c’est l’épouse qui a choisi de partir. Est-il juste d’obliger un homme qui ne souhaitait pas divorcer à emprunter durant des années pour payer un capital à celle qui l’a quitté ? »

Fin août, devant le tribunal d’Annecy, Sylvain, électricien, condamné à payer une prestation compensatoire de 35 000 euros, menait jusqu’à l’épuisement une grève de la faim. Il raconte l’incroyable déchéance financière qu’a enclenchée pour lui la séparation. »La procédure de divorce, le déménagement, les avocats, tout ça m’a ruiné, j’ai dû emprunter à ma soeur. La pension alimentaire, c’est normal, mais, cette prestation, c’est injuste. Ma femme ne dit pas au juge qu’elle a refait sa vie, et on ne prend pas en compte le fait que, pendant huit ans, j’ai élevé la fille qu’elle avait eue d’une première union… » Difficile, évidemment, de démêler le vrai du faux dans ces récits postconjugaux souvent recuits de haine. Il n’empêche que la parole de ces hommes ruinés est encore peu audible. Et que ces types qui maudissent entre tous le jour de leur mariage interrogent malgré tout une société où coexistent plusieurs modèles d’union, dont une seule, au fond, maintient ce lien financier forcé. »Si seulement j’avais osé vivre en union libre », dit Paul Job. »La vraie discrimination est en fait générationnelle : le Pacs, à mon époque, ça n’existait pas. » Avis aux militants du mariage homo…

1. « Ma femme m’a plumé » (François Bourin éditeur, 184 p., 19 E).

Publié dans Le Point – Publié le

 

MA FEMME M’A PLUMÉ de Paul JOB :
Je n’avais jamais fait le rapprochement entre Paul Job, que j’ai rencontré de loin en loin lors de nombreuses manifestations culturelles, et Steve. Il a fallu que l’on se croise dans un vol entre Paris et San Francisco en octobre 2011 la veille des obsèques du fondateur de la marque à la pomme pour qu’une petite lumière – toute petite – s’allume dans mon cerveau de chroniqueur littéraire.  Mais alors … ? Reste que je n’ai jamais osé lui poser la question.  Ce grand spécialiste de cinéma qui fut un scénariste et un critique de cinéma renommé doté , de surcroit,  d’une authentique plume mérite de n’être considéré que pour ses qualités professionnelles et non pour son lignage prestigieux…

Nous voilà donc tout à nos retrouvailles survolant l’Atlantique et devisant dans l’un des couloirs du A 380  quand Paul me glisse qu’il vient de boucler un ouvrage sur le divorce.  Surprise de l’auditeur à l’annonce de cette surprenante révélation, surprise augmentée lorsque Paul  ajoute “Le mien…”. “Un témoignage donc ?”   esquisais je, un peu éberlué de le voir s’engager dans une voie aussi risquée. “En quelque sorte mais pas seulement… c’est aussi un essai historique et juridique sur le divorce !”  Les réacteurs ronronnaient et la nuit n’en finissait pas de tomber au dessus des nuages quand une célèbre actrice française passa devant nous et s’arrêtant devant Paul l’embrassa comme du bon pain  ainsi que votre serviteur tout esbaudi par cette incroyable circonstance.  Après cinq bonnes minutes de conversations cinématographiques la jeune actrice nous abandonna finalement à notre conversation première . “Mais alors, dis-je encore assommé d’avoir fait la bise à une comédienne oscarisée, ce livre qui raconte ton divorce tout nous proposant une réflexion  sur cette vénérable institution  comment vas-tu l’intitulé  ? “ Et là je vis l’oeil de Paul s’éclairer : “ Son titre est simple : Ma femme m’a plumé”. Grand éclat de rire, aérien de surcroit.

Me voilà donc quelques mois plus tard recevant l’ouvrage susdit portant effectivement le titre que m’avait indiqué  son auteur avec cependant une mention supplémentaire sur la première de couverture : “On ne connait vraiment sa femme que lorsqu’on la quitte”. La lecture de cet éclairant essai révélant au lecteur qu’effectivement votre chère moitié peut vous rendre aussi pauvre que Job après des années de tracasseries administratives.

Les hommes ont dominé la société pendant des siècles, sinon des millénaires et cette domination semble toucher à sa fin. L’institution du divorce, qui suit avec une logique implacable celle du mariage et permet à des centaines de juges et à des milliers d’avocats de gagner leur vie, est devenu un formidable accélérateur d’égalité, prenant à Paul pour remplir des poches de Pauline. Les hommes sont désormais défaits, pulvérisés, réduits en miettes par leurs ex femmes qui transforment leurs ex époux en “hommes tiroir-caisse”.  Cette situation est évidemment décrite avec un humour et une dérision qui fait plaisir à lire d’autant que Paul Job parle en connaisseur  ayant été lui même réduit à la fallite par celle qui fut pendant vingt la femme de sa vie. Le paradoxe que pointe Job n’est pas qu’un époux paie une indemnité compensatoire mais plutôt qu’il soit obligé de le faire indéfiniment alors même que cet autre est largement autonome financièrement. Paradoxe qui conduit l’ex époux à se déplacer en trotinette pendant que l’ex épouse s’offre un 4X4.

Ayant été moi même enfant du divorce je ne peux que souscrire à ce triste tableau de la vacherie humaine, du dépit amoureux et finalement de l’incapacité de ne pas réclamer un prix allant bien au delà de ce qui serait raisonnable,  la plupart des divorces étant affaire de déraison.

Soyons objectifs certains divorces se passent très bien mais reconnaissons que beaucoup se transforment en tribunaux de l’inquisition et que les perditions amoureuses  engloutissent parfois une part léonine  des revenus masculins au point que certains ne travaillent plus que pour payer ces fameuses indeminités compensatoires. Les déroutes sentimentales se doublent pour beaucoup d’hommes d’une Bérézina financière.  Double peine donc, et je ne parle pas des enfants qui paient eux aussi cash les tentatives de prises d’otages que peuvent tenter l’un ou l’autre parti. Mais sur la question des enfants je ne ferais pas de commentaire tant mon expérience rendrait mon propos politiquement incorrect et me porterait bien au delà de ceux de Job.

Ma femme m’a plumé est aussi une enquête sur l’évolution du divorce dans la société française depuis près de trois siècles. L’analyse des articles 212, 213, 214, 214, 220-1 et 371-1 du Code Civil, ceux là même que l’officier d’état civil lit aux jeunes mariés lors du passage en mairie, est savoureuse et pointe toute l’hypocrisie sur laquelle l’institution du mariage est construite. Ce constat est finalement une invitation à ne plus se marier tant les risques sont grands pour ceux qui s’apprêtent à devenir maris de perdre toute autonomie financière en cas de divorce.  Il ne restera alors plus que l’amertume et le ressentiment. Un divorce correspond pour beaucoup à l’expérience de la radicalité .  Job écrit à propos de sa femme : “ Quand nous vivions encore ensemble , l’un de ses mantras  était qu’elle était une femme “qui pardonnait mais n’oubliait pas” L’avoir quitté m’avait permis de comprendre qu’elle mentait sur un point : elle n’oubliait rien et ne pardonnait jamais. Au fait pardonner quoi ?”

Si le sujet peut paraitre austère l’ouvrage de Job est un pur bonheur de lecture. L’homme à de l’esprit et ses sentences sont dignes des moralistes du XVII eme. Par ailleurs l’immense culture cinématographique de Job est mise intelligemment à contribution pour illustrer l’évolution du mariage et de son corrolaire, le divorce.

Je ne peux  me priver de partager avec vous en guise de conclusion quelques lignes qui résument assez bien le propos de Job : “ La vie est un risque. Elle nous ménagera des éblouissements et des revers de fortune. Des rencontres et des séparations. Des passions et des déchirements. La vie finira par nous tuer. Et rien de ce qui nous arrive n’est dû. Pourtant , la plupart de nos aventures contemporaines ne sont que démarches pour obtenir des couvertures, des compensations, des corrections, des ajustements, des dommages, des intérêts, avant même d’avoir entrepris le moindre projet. La société postmoderne veut tellement notre bien qu’elle nous a infantilisé, instrumentalisé et considéré comme une population en éventuel danger. Zéro défaut, zéro risque, zéro aléa, voici notre idéal. C’est le sens de l’intrusion de l’Etat dans chaque aspect de notre vie : santé, amour, identité, etc. (…) Le concept de prévention s’est mué en prophylaxie nouvelle des sociétés intitulés “principe de précaution”. Attention, chaque geste, chaque pensée que vous entreprendrez pourra se retourner contre vous »

Publié par ARCHIBALD PLOOM © Culture-Chronique (2012)

Publié dans Actualités, Articles de presse, L'Europe et le Divorce | Marqué avec , , , , , | Commentaires fermés