Ma femme m’a plumé Par Paul JOB

Les plumés du divorce

Rançon. Quitter son conjoint peut coûter très cher. Trop ? Des divorcés témoignent.

 Pour prévenir les foudres de son ex-épouse, il s’est dissimulé sous un pseudonyme : Paul Job – comme pauvre comme Job… Dans « Ma femme m’a plumé », l’ancien homme de télévision et de cinéma qui se cache sous ce nom d’emprunt, le lointain golden boy des glorieuses années de Canal+, fait le récit d’une interminable descente aux enfers. L’histoire banale à pleurer d’un quadragénaire dont le mariage bat de l’aile après vingt ans de vie commune, qui divorce en homme riche, s’engage donc à payer chaque mois à son épouse et ses enfants des sommes mirobolantes et dont la situation professionnelle, sept ans plus tard, se retourne. Il y a, dans ces métiers-là, de spectaculaires revers de fortune. En 2005, Paul Job voit, brutalement, son salaire divisé par trois, mais ne peut obtenir que soit revue à la baisse la rente qu’il verse tous les mois à son ex-épouse. Les arriérés s’accumulent. Les commandements à payer aussi. Aujourd’hui, ses assedic et les quelques revenus qu’il grappille ici ou là dans l’édition ou la presse sont ponctionnés à la source : chaque mois, 1 000 euros de pension alimentaire sont encore versés à deux fils de 31 ans et de 24 ans qui refusent de le voir. Et, à quelques années de la retraite, il doit encore 100 000 euros à son ancienne épouse. »Je n’ai aucun moyen de m’en sortir. Si ma compagne ne m’aidait pas, je serais obligé, à presque 60 ans, de retourner vivre chez mes vieux parents, dit-il avec amertume.On a pourtant bien droit au désamour, droit à une seconde vie. Mais nous sommes transformés, par ce système archaïque et discriminatoire, en vulgaires hommes tirelires… »

Inconnue des démocraties scandinaves qui ne badinent pas avec l’égalité des sexes, la prestation compensatoire, qui concerne 12 % des divorces français, est destinée à pallier le déficit de revenus que subira, après la séparation, le plus « pauvre » des deux ex-époux. Sorte de solidarité financière maintenue au-delà du mariage, en dehors de la pension alimentaire, qui ne concerne que les enfants, elle est, dans plus de 90 % des cas, due aux femmes. »Le cas classique, explique l’avocate en droit familial Béatrice Weiss-Gout, c’est un homme aux revenus élevés, une femme qui a donc pu arrêter de travailler pour élever les enfants, et un divorce à la cinquantaine. Sans la prestation compensatoire, la femme serait à la rue. Alors, pour moi, le principe est juste. » Juste mais aléatoire. Car toute la difficulté est évidemment de déterminer le montant de cette prestation selon la durée du mariage et les ressources présentes et à venir ; or les juges n’ont aujourd’hui ni le temps ni les moyens pour estimer correctement chaque situation conjugale.

« Alors, oui, des hommes ruinés, il y en a, admet Me Weiss-Gout.Ceux dont l’avenir financier a été mal évalué, dont on n’a pas prévu les éventuels revers de carrière. Et ceux qui sont condamnés à mauvais escient à payer un gros capital. » Jugements mal rendus, mais aussi effets pervers de la charge symbolique que peut revêtir, dans une histoire d’amour qui a mal fini, un transfert de fortune : se racheter, faire payer à l’autre son désamour. Eric, la soixantaine, littéralement dépouillé par deux divorces successifs, a ainsi accepté sans sourciller le montant mirifique du capital versé à sa première femme. »C’est moi qui suis parti pour une autre, je me sentais coupable de faire souffrir mon épouse, mes enfants, d’abandonner ma famille, alors j’ai signé, dit-il.J’ai vendu tout ce que je possédais. Avec le recul, je sais que le montant était très injuste. J’aurais dû discuter. » Béatrice Weiss-Gout l’admet d’ailleurs sans difficulté : en réclamant un montant énorme, certaines de ses clientes veulent faire payer leur sentiment de vie gâchée. »Les plus acharnées, ce sont souvent celles qui ont fait autant d’études que leur époux, mais qui, pour les enfants ou pour suivre leur homme, n’ont pas travaillé. A 60 ans, elles ont une amertume terrible. »

« Prime à la séparation ». Mme X, diplômée, a ainsi laissé tomber sa carrière pour suivre les incessants voyages de son époux à l’étranger. Et, à plus de 50 ans, elle ne peut pas admettre qu’il fasse maintenant sa vie avec une autre. »Elle fait traîner, ne vient pas aux rendez-vous, est décidée surtout à demander une prestation énorme, raconte son avocate.A ces âges-là, quand les enfants ont quitté le foyer, que la garde ne peut plus être l’objet de la dispute, l’argent reste souvent le seul moyen d’atteindre l’autre, de prolonger la guerre quand on ne veut pas tourner la page. » Ce que dit bien Paul Job dans la petite chronique exaspérée de sa ruine annoncée : « Le conflit ne finira jamais. Parce que le juge, avec la prestation compensatoire, a laissé sans se soucier de la suite une arme entre les mains de ma femme. »

L' »arme » de la prestation s’est pourtant singulièrement émoussée en 2000, lorsque, pour éviter précisément ces incessants conflits, ces retours devant le tribunal des années après le divorce, la loi a été changée. Désormais, le juge ne peut décider que du versement d’un capital. Le temps des rentes, à moins que les époux ne s’entendent eux-mêmes sur leur montant, est terminé. »Et, comme il est plus difficile de verser d’un coup un important capital, même en faisant un emprunt, le montant des prestations, depuis ce changement législatif, est singulièrement revu à la baisse. Au détriment des femmes, déplore Me Weiss-Gout. Les législateurs sont des hommes et, pour beaucoup d’entre eux, des débiteurs de la prestation compensatoire. La loi a été revue dans le sens de leurs intérêts. Mais nous sommes en train de fabriquer toute une génération de femmes pauvres, celles qui, à l’approche de la retraite, n’ont pas ou peu travaillé et croyaient que le mariage les protégerait. »

Mais c’est justement cette notion de « protection » des épouses, puisque ce sont elles qui sont à une écrasante majorité concernées, qui hérisse les associations de défense des intérêts masculins. A mots choisis, dans la mesure où ce discours-là est encore, bizarrement, difficile à entendre. »C’est vrai, ce sont les femmes qui, aujourd’hui encore, se mettent à temps partiel ou arrêtent un temps de travailler lorsque naissent les enfants, reconnaît Fabrice Mejias, président de SOS Papa.Mais comparez un peu les galères de la vie professionnelle et les joies de s’occuper de ses enfants… La vraie égalité, ce serait que les hommes aient, eux aussi, la possibilité de s’arrêter, de prendre du temps avec leur famille, que les rôles, comme dans les pays scandinaves, soient vraiment interchangeables. Au lieu de cela, on maintient un modèle hérité d’un autre âge en fabriquant une sorte de prime à la séparation, de parachute doré. » Chez SOS Divorce, association de soutien aux hommes, on demande, depuis des années, la suppression pure et simple du principe de la prestation compensatoire. Au nom du fait que la société a changé, qu’il est admis que les couples se défont, que les familles se recomposent, qu’hommes et femmes sont adultes, responsables de leurs choix, celui de travailler ou non, celui de mettre fin ou non au mariage. Et au nom du fait que les juges auraient la fâcheuse tendance, paraît-il, à considérer les femmes comme des victimes… qu’elles ne sont à l’évidence pas toujours.

Ruinés. « Des hommes ruinés, nous en avons beaucoup parmi nos adhérents, dit François Buffière, président du mouvement. Or, dans nombre de ces divorces, c’est l’épouse qui a choisi de partir. Est-il juste d’obliger un homme qui ne souhaitait pas divorcer à emprunter durant des années pour payer un capital à celle qui l’a quitté ? »

Fin août, devant le tribunal d’Annecy, Sylvain, électricien, condamné à payer une prestation compensatoire de 35 000 euros, menait jusqu’à l’épuisement une grève de la faim. Il raconte l’incroyable déchéance financière qu’a enclenchée pour lui la séparation. »La procédure de divorce, le déménagement, les avocats, tout ça m’a ruiné, j’ai dû emprunter à ma soeur. La pension alimentaire, c’est normal, mais, cette prestation, c’est injuste. Ma femme ne dit pas au juge qu’elle a refait sa vie, et on ne prend pas en compte le fait que, pendant huit ans, j’ai élevé la fille qu’elle avait eue d’une première union… » Difficile, évidemment, de démêler le vrai du faux dans ces récits postconjugaux souvent recuits de haine. Il n’empêche que la parole de ces hommes ruinés est encore peu audible. Et que ces types qui maudissent entre tous le jour de leur mariage interrogent malgré tout une société où coexistent plusieurs modèles d’union, dont une seule, au fond, maintient ce lien financier forcé. »Si seulement j’avais osé vivre en union libre », dit Paul Job. »La vraie discrimination est en fait générationnelle : le Pacs, à mon époque, ça n’existait pas. » Avis aux militants du mariage homo…

1. « Ma femme m’a plumé » (François Bourin éditeur, 184 p., 19 E).

Publié dans Le Point – Publié le

 

MA FEMME M’A PLUMÉ de Paul JOB :
Je n’avais jamais fait le rapprochement entre Paul Job, que j’ai rencontré de loin en loin lors de nombreuses manifestations culturelles, et Steve. Il a fallu que l’on se croise dans un vol entre Paris et San Francisco en octobre 2011 la veille des obsèques du fondateur de la marque à la pomme pour qu’une petite lumière – toute petite – s’allume dans mon cerveau de chroniqueur littéraire.  Mais alors … ? Reste que je n’ai jamais osé lui poser la question.  Ce grand spécialiste de cinéma qui fut un scénariste et un critique de cinéma renommé doté , de surcroit,  d’une authentique plume mérite de n’être considéré que pour ses qualités professionnelles et non pour son lignage prestigieux…

Nous voilà donc tout à nos retrouvailles survolant l’Atlantique et devisant dans l’un des couloirs du A 380  quand Paul me glisse qu’il vient de boucler un ouvrage sur le divorce.  Surprise de l’auditeur à l’annonce de cette surprenante révélation, surprise augmentée lorsque Paul  ajoute “Le mien…”. “Un témoignage donc ?”   esquisais je, un peu éberlué de le voir s’engager dans une voie aussi risquée. “En quelque sorte mais pas seulement… c’est aussi un essai historique et juridique sur le divorce !”  Les réacteurs ronronnaient et la nuit n’en finissait pas de tomber au dessus des nuages quand une célèbre actrice française passa devant nous et s’arrêtant devant Paul l’embrassa comme du bon pain  ainsi que votre serviteur tout esbaudi par cette incroyable circonstance.  Après cinq bonnes minutes de conversations cinématographiques la jeune actrice nous abandonna finalement à notre conversation première . “Mais alors, dis-je encore assommé d’avoir fait la bise à une comédienne oscarisée, ce livre qui raconte ton divorce tout nous proposant une réflexion  sur cette vénérable institution  comment vas-tu l’intitulé  ? “ Et là je vis l’oeil de Paul s’éclairer : “ Son titre est simple : Ma femme m’a plumé”. Grand éclat de rire, aérien de surcroit.

Me voilà donc quelques mois plus tard recevant l’ouvrage susdit portant effectivement le titre que m’avait indiqué  son auteur avec cependant une mention supplémentaire sur la première de couverture : “On ne connait vraiment sa femme que lorsqu’on la quitte”. La lecture de cet éclairant essai révélant au lecteur qu’effectivement votre chère moitié peut vous rendre aussi pauvre que Job après des années de tracasseries administratives.

Les hommes ont dominé la société pendant des siècles, sinon des millénaires et cette domination semble toucher à sa fin. L’institution du divorce, qui suit avec une logique implacable celle du mariage et permet à des centaines de juges et à des milliers d’avocats de gagner leur vie, est devenu un formidable accélérateur d’égalité, prenant à Paul pour remplir des poches de Pauline. Les hommes sont désormais défaits, pulvérisés, réduits en miettes par leurs ex femmes qui transforment leurs ex époux en “hommes tiroir-caisse”.  Cette situation est évidemment décrite avec un humour et une dérision qui fait plaisir à lire d’autant que Paul Job parle en connaisseur  ayant été lui même réduit à la fallite par celle qui fut pendant vingt la femme de sa vie. Le paradoxe que pointe Job n’est pas qu’un époux paie une indemnité compensatoire mais plutôt qu’il soit obligé de le faire indéfiniment alors même que cet autre est largement autonome financièrement. Paradoxe qui conduit l’ex époux à se déplacer en trotinette pendant que l’ex épouse s’offre un 4X4.

Ayant été moi même enfant du divorce je ne peux que souscrire à ce triste tableau de la vacherie humaine, du dépit amoureux et finalement de l’incapacité de ne pas réclamer un prix allant bien au delà de ce qui serait raisonnable,  la plupart des divorces étant affaire de déraison.

Soyons objectifs certains divorces se passent très bien mais reconnaissons que beaucoup se transforment en tribunaux de l’inquisition et que les perditions amoureuses  engloutissent parfois une part léonine  des revenus masculins au point que certains ne travaillent plus que pour payer ces fameuses indeminités compensatoires. Les déroutes sentimentales se doublent pour beaucoup d’hommes d’une Bérézina financière.  Double peine donc, et je ne parle pas des enfants qui paient eux aussi cash les tentatives de prises d’otages que peuvent tenter l’un ou l’autre parti. Mais sur la question des enfants je ne ferais pas de commentaire tant mon expérience rendrait mon propos politiquement incorrect et me porterait bien au delà de ceux de Job.

Ma femme m’a plumé est aussi une enquête sur l’évolution du divorce dans la société française depuis près de trois siècles. L’analyse des articles 212, 213, 214, 214, 220-1 et 371-1 du Code Civil, ceux là même que l’officier d’état civil lit aux jeunes mariés lors du passage en mairie, est savoureuse et pointe toute l’hypocrisie sur laquelle l’institution du mariage est construite. Ce constat est finalement une invitation à ne plus se marier tant les risques sont grands pour ceux qui s’apprêtent à devenir maris de perdre toute autonomie financière en cas de divorce.  Il ne restera alors plus que l’amertume et le ressentiment. Un divorce correspond pour beaucoup à l’expérience de la radicalité .  Job écrit à propos de sa femme : “ Quand nous vivions encore ensemble , l’un de ses mantras  était qu’elle était une femme “qui pardonnait mais n’oubliait pas” L’avoir quitté m’avait permis de comprendre qu’elle mentait sur un point : elle n’oubliait rien et ne pardonnait jamais. Au fait pardonner quoi ?”

Si le sujet peut paraitre austère l’ouvrage de Job est un pur bonheur de lecture. L’homme à de l’esprit et ses sentences sont dignes des moralistes du XVII eme. Par ailleurs l’immense culture cinématographique de Job est mise intelligemment à contribution pour illustrer l’évolution du mariage et de son corrolaire, le divorce.

Je ne peux  me priver de partager avec vous en guise de conclusion quelques lignes qui résument assez bien le propos de Job : “ La vie est un risque. Elle nous ménagera des éblouissements et des revers de fortune. Des rencontres et des séparations. Des passions et des déchirements. La vie finira par nous tuer. Et rien de ce qui nous arrive n’est dû. Pourtant , la plupart de nos aventures contemporaines ne sont que démarches pour obtenir des couvertures, des compensations, des corrections, des ajustements, des dommages, des intérêts, avant même d’avoir entrepris le moindre projet. La société postmoderne veut tellement notre bien qu’elle nous a infantilisé, instrumentalisé et considéré comme une population en éventuel danger. Zéro défaut, zéro risque, zéro aléa, voici notre idéal. C’est le sens de l’intrusion de l’Etat dans chaque aspect de notre vie : santé, amour, identité, etc. (…) Le concept de prévention s’est mué en prophylaxie nouvelle des sociétés intitulés “principe de précaution”. Attention, chaque geste, chaque pensée que vous entreprendrez pourra se retourner contre vous »

Publié par ARCHIBALD PLOOM © Culture-Chronique (2012)

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